21 juin 2016

Le temps de LA POLITIQUE CHARNELLE attendu.

Inspiré des Etats-Unis, le retour du porte à porte devait être la méthode révolutionnaire sur laquelle Emmanuel Macron aurait pu espérer un succès populaire. Mais malgré une cohorte de volontaires, l'expérience ne semble pas avoir été concluante, faute de soutiens électoraux.
 
1/ Emmanuel Macron, s'inspirant de la méthode d'Obama pendant ses campagnes, a relancé le porte à porte comme biais privilégié de communication. Quelles sont ces méthodes importées des Etats Unis, et en quoi la stratégie d'En Marche s'en rapproche t-elle ? Et en quoi s'en éloigne t-elle ?
La force de la première campagne d'Obama a été d'avoir su créer autour de lui une communauté, sur les réseaux sociaux d’abord puis ensuite sur le terrain. En 2008, plus de 10 millions de personnes ont participé à cette campagne. 3 millions d’Américains ont fait des donations. Et plus d’1 million ont milité sur le terrain. On se souvient qu’en France, Ségolène Royal a usé des mêmes méthodes en s’appuyant sur son association « Désir d’avenir ».
On  sent bien qu’avec « En marche », E. Macron souhaite créer un grand mouvement, loin des partis vieillissants. E. Macron a raison sur un point : celui du retour attendu des politiques dans le réel. Car plus que jamais, il y a un lien à recréer, une parole à donner, des citoyens à écouter, des idées à inventer et un politique à réinventer. C’est le retour de la politique charnelle : celle qui se fait loin de Twitter, main dans la main « avec » les Français. E. Macron a en revanche oublié l’essentiel : la cause mobilisatrice, celle qui a fait se lever des millions d’Américains pour aller convaincre son voisin d’aller voter Obama.


2/ En voulant débuter une telle démarche, le ministre de l'économie n'a t-il pas agit à contre temps ? Le démarchage est il davantage un appui à un socle électoral préexistant, plutôt qu'un moyen d'enclencher un mouvement politique ?
Pour être efficace cette stratégie de terrain doit pouvoir s'appuyer sur un maillage territorial fort d'où l’importance  d'un parti politique car, aussi vieillissant soit-il, le parti politique permet encore de compter sur des décrochages locaux (les fédérations et les sections par exemple) et leurs nombreux militants pour diffuser un même message, au même moment et partout sur le territoire.
En 2008, la campagne américaine s'appuyait sur un levier participatif hors norme faisant de chacun des citoyens un ambassadeur potentiel de la marque Obama. Il a, en son temps, su appliquer à la politique le modèle Tupperware : ces réunions à domicile faites pour séduire et déclencher à terme l'acte d'achat. Dans ce système de vente, Obama n’a fait que remplacer les boites de plastiques vides par le catalogue « American Dream ».
Forcément, la stratégie de Macron pose question. D’abord, peut-il compter sur des militants au sens terrain du terme : ces hommes et ces femmes qui tractent sans relâche sur les marchés, ces hommes et ces femmes qui vivent pour leurs idées, ces hommes et ces femmes qui mouillent leurs chemises comme personne ?s Lors de son ascension, Obama portait en lui un idéal, un changement de société, une autre Amérique possible. C'est pour cette raison qu’Obama a réussi à réunir autour de lui une armée de commerciaux-citoyens. C'est le fameux « Yes We Can ». Le « WE » avait eu à l'époque toute son importance.  Dans une certaine mesure, le "En marche" de E. Macron s’inscrit dans cette démarche « d’aller ensemble ». Mais elle pose la question du « où ? » Qu'incarne le "En marche" ? Quelle est la destination promise d’E. Macron, si ce n’est qu’une destination personnelle ? Quelle vision de société voire de vie souhaite-il pour les Français ? A mes yeux, ce mouvement n'est pour l'heure qu’un « coup de com » qui révèle une fois de plus une ambition personnelle. Pour gagner du crédit, ce mouvement doit pouvoir être suivi d'actions et surtout être tenu dans la durée, hors caméra, hors smartphone, hors selfie. Mais est-ce possible ?
 
3/ En voulant absolument faire de la politique "autrement", Emmanuel Macron n'a t il pas sous estimé l'importance des fondamentaux politiques ? En quoi une évolution de ces "fondamentaux" est elle tout de même envisageable ? De quelle manière ? 
En réalité, E. Macron fait de le politique comme tout le monde ou plutôt de la communication politique comme tout le monde : petites phrases, formules chocs,  dérapages préparés, pose dans Paris match, scénarisation de la vie privée, personnalisation de la vie politique.
E. Macron apparaît comme un politique nouveau  parce qu'il n’a pas 40 ans et qu'il est déjà présidentiable, parce qu'il n'est pas issu d’un parti et qu'il est Ministre de l'Economie, parce qu'il vient de l'univers bancaire et qu'il fait parti d’un gouvernement de gauche, parce qu'il est « en marche » et qu'il est  Juppé-compatible. E. Macron est atypique. Au yeux des médias, il est surtout bankable.  C'est un bon client car il contribue au spectacle politique continu. E. Macron pense à tort qu’il peut avancer seul, sans l’appui d’un socle électoral fort. Mais pour l’heure, cette fameuse base constitue encore une des conditions à la réussite du succès des campagnes.

6 juin 2016

"le je de trop" : sortie de mon 1er roman.

LA PEINE DE LA DÉCONNEXION :
un roman l’annonce pour 2022.
 
le je de trop,
roman - 176 pages
 
11 septembre 2022.
Pour la première fois en France, un internaute se voit infliger une peine d’un an ferme sans Internet. Plongé jusqu’alors dans la grandeur du monde facile de l’accès – au temps,  à l’information, à la connaissance, à l’autre, à un « Moi » devenu roi –, Larry Jonnes se voit frappé du choc de la déconnexion. Loin du Cloud et des réseaux sociaux, ce game designer dans l’industrie du jeu vidéo découvre l’horreur d’une vie « sans » : l’horreur d’une vie devenue impossible sans son « @ ».

l’écriveur,
l’auteur - françois belley
 
François Belley est un écriveur.
Publicitaire de profession, il est l’auteur de l’essai Ségolène, la femme Marque (2008) et du blog La politique spectacle décryptée par un fils de pub à travers lequel il continue de décrypter la marchandisation de l’homme politique moderne. Le Je de trop est son premier roman. Par ce nouvel opus, l’auteur dénonce le diktat du tout numérique, en premier lieu celui des réseaux sociaux dont il pointe l’impact des conséquences physiques, psychologiques et identitaires à venir.   
 
la maison d’édition,
l’écriveur - Écrire, c’est tout
 
L’écriveur est une maison d’édition.
Travaillant avec des auteurs du ‘réel’, elle a fait logiquement le choix d’éditer des livres en vrai, « avec de l’encre et du papier ». L’écriveur a pour objectif d’éditer des auteurs de la vraie vie, « ceux qui pratiquent le quotidien », « ceux qui sentent la vie ». C’est pourquoi, L’écriveur aspire à publier aussi bien des romans que des essais, des nouvelles ou des témoignages. Sa raison d’être se résume dans les lignes de son manifeste en première page de tous ses livres. Son ambition tient à sa devise : « Écrire, c’est tout ».
 
L’ouvrage ‘le je de trop’ est disponible sur  

 

7 mars 2016

Du ciblage en communication politique

Interview donnée à Atlantico le 06 mars 2016

Des rumeurs de plus en plus persistantes laissent entendre que François Hollande serait prochainement l'invité de Laurent Ruquier sur le plateau d' "On n'est pas couché". Une possibilité qui révèle la rationalité de la stratégie de communication mise en oeuvre par le président, conscient de l'atomisation de la société et des chutes d'audience significatives des médias traditionnels.

Est-ce une bonne stratégie de communication ? 
François Belley : Si l'on fait du marketing politique de qualité, il est évident qu'il faut cibler les bons supports pour pouvoir toucher la bonne cible. Ainsi, si l'on veut s'adresser à la France de la terre, il n'est pas totalement inintéressant de prendre la parole dans un support presse largement lu par cette frange de la société. Si l'on remonte un peu dans le temps, ce qui a constitué une nouveauté en termes de stratégie de communication réside dans le ciblage de la presse régionale au cours des années 1970/1980. La stratégie actuelle de François Hollande est bien éloignée de celle d'un Gérard Colé ou d'un Jacques Pilhan, tous deux en charge de la communication de Mitterrand. La stratégie de la "rareté" qu'ils sont connus pour avoir théorisé consistait à dire que François Mitterrand étant président de la République, celui-ci ne prendrait la parole que dans des moments importants, graves et solennels, contribuant ainsi à dessiner les contours d'un homme présidentiel. Or, le problème de fond de Hollande est là : il n'est pas du tout présidentiel. De fait, je ne suis même pas sûr qu'il y ait une véritable stratégie de communication au sein de son état-major.






Lors de sa campagne présidentielle en 2008, Barack Obama affirmait la nécessite d' "aller là où sont les gens", privilégiant notamment la communication auprès de différents groupes, notamment communautaires (Afro-américains, Asiatiques, Hispaniques, etc.) via les réseaux sociaux. Cette campagne n'a-t-elle pas été un tournant dans la mise en place de cette stratégie privilégiant la communication auprès de groupes spécifiques ? 
François Belley : Au cours de cette campagne, Obama a révélé trois forces. La première, c'est qu'il a compris avant la plupart des hommes politiques, notamment français, que l'électeur-citoyen ne s'informait plus via les médias traditionnels. Partant de ce principe, il est allé le toucher ailleurs, et notamment sur les réseaux sociaux à l'heure du 2.0, qui offrent la possibilité de participer et d'interagir. Chaque citoyen-électeur devenait alors citoyen-contributeur de la campagne.
Sa deuxième force a consisté dans son constat établi que les électeur-citoyens étaient convaincus de la déconnexion des hommes politiques par rapport à la réalité. Face à ce postulat, il a décidé d'être un homme politique ancré dans le réel. Ceci explique l'intérêt de la désacralisation de la fonction politique (ici la fonction présidentielle). Cette désacralisation passe par la constitution d'images scénarisées, à l'heure du tout numérique, insérées dans une séquence présidentielle "normale". Il incarne alors un président "normal" : il fait du basket dans son bureau, soit dit en passant l'une des images les plus retweetées ; on le voit encore allongé dans son bureau, jouant avec un enfant, là encore dans son bureau, etc. Il développe l'image du bon père de famille, donnant l'impression d'incarner l'homme moderne. Il s'est donc construit en opposition avec l'image traditionnelle de l'homme politique moderne, marquée par un éloignement de la réalité.

Imaginez la mise en place d'une telle stratégie par les conseillers en communication de François Hollande : Hollande en train de faire du basket, allongé dans son bureau, etc. Ce n'est pas la stratégie qui est mauvaise, et j'en arrive à la troisième force d'Obama : c'est un excellent interprète. Il exécute sa stratégie de communication comme un show à l'américaine. Par exemple, Obama est très réputé pour ses mots d'esprit et d'humour ; à l'inverse, lorsque Nicolas Sarkozy se met à faire de l'ironie dans ses interventions, ou bien Hollande, cela ne fonctionne pas. Obama peut se permettre une apparition dans une émission de télé-réalité, communiquer sur Twitter, etc. car cela fonctionne, pour la simple et bonne raison qu'il est le premier président numérique, ce qui renvoie, dans la forme, à une certaine modernité, à une certaine façon de faire de la politique. Ainsi, la marque Obama, après presque 10 ans d'exposition dans la "politique-spectacle", demeure attractive et populaire. Cela n'a pas été le cas avec Nicolas Sarkozy comme le confirme les difficultés de son retour, la marque étant usée ; quant à l'image de François Hollande, celle-ci est complètement détériorée. 
 
Dans un contexte de société de plus en plus atomisée, où il est devenu impossible pour les politiques de toucher l'ensemble de la population via un seul canal/média, est-ce une stratégie de communication à laquelle les hommes politiques ne peuvent plus échapper ? N'est-ce pas finalement une nécessité qui fait loi, plus qu'un choix parmi d'autres ?
François Belley : Il est évident qu'on ne peut pas penser aujourd'hui sa stratégie de communication uniquement par le biais de la radio nationale le matin et/ou de TF1 le soir. Plusieurs créneaux existent aujourd'hui et il convient de les occuper, à quoi s'ajoute l'existence des réseaux sociaux (Facebook, Twitter et Instagram).
En France, globalement, les hommes politiques sont sur les réseaux sociaux mais peinent à en penser leur utilisation stratégique. La semaine dernière encore, François Hollande accordait une interview en direct sur Periscope, et se faisait dans le même temps "troller", des messages peu élogieux à son égard apparaissant alors à l'écran. Dans ces conditions, il n'est pas possible de construire une image. Une image présidentielle s'impose, elle n'est pas imposée surtout lorsqu'on est président de la République. C'est tout le problème de François Hollande.
La segmentation de la société n'arrange en rien l'affaire. Celle-ci est due à un repli communautaire, résultat de la crise qui se manifeste par une perte de sens et d'identité. Par conséquent, les hommes politiques sont contraints d'adapter leur stratégie politique. Dans la séquence politique que nous connaissons actuellement, est-ce véritablement stratégique de s'exprimer dans Elle ? La communication politique doit être mise au service de l'action, un mot que nous avons complètement oublié. Ce que l'on pourrait conseiller aux hommes politiques actuellement, c'est de se taire de plus en plus, de moins se montrer, et de faire davantage. La question à laquelle les politiques devraient répondre quotidiennement est la suivante : "qu'est-ce que j'ai fait aujourd'hui?", et non pas "qu'est-ce que j'ai dit ?". L'utilisation des réseaux sociaux en est symptomatique : c'est de l'illustration de l'ego trip dans toute sa splendeur, avec des messages à 90% du type "Retrouvez-moi dans 10 minutes sur RTL pour mon interview". Où sont les idées et les actions politiques là-dedans ? Car si la communication politique n'est pas constituée par l'action, alors nous sommes dans ce que j'appelle la "politique-spectacle". 
 
Une telle stratégie, impliquant par exemple d'aller s'adresser à une partie ciblée de l'opinion sur le plateau d'On n'est pas couché, est en revanche fortement contestée au motif qu'elle contribue à la désacralisation de la fonction politique. Quel est le réel rapport coût/bénéfice d'une telle opération pour nos dirigeants politiques ? Que regagnent-ils de ce qu'ils perdent en respect de leur fonction ?
François Belley : Si l'on reprend l'apparition de Manuel Valls en janvier dernier sur le plateau d'On n'est pas couché, la seule stratégie ici consiste à aller parler politique à ceux qui ne s'intéressent plus à la politique. Il s'agit là d'une très mauvaise stratégie, principalement parce qu'elle contribue à nourrir la "politique-spectacle". Nous vivons actuellement une double crise : celle de la politique et celle du politique, plus importante que la première. Nombreux sont les sondages à révéler la défiance des Français à l'égard du personnel politique, alors qu'ils sont passionnés de politique ; nous sommes d'ailleurs le pays où il y a le plus de sondages réalisés, de micros-trottoirs, etc. A l'heure actuelle, le seul temps de parole conséquent accordé aux politiques, malheureusement, c'est dans les émissions de divertissement, et non pas dans des émissions spécialisées.
Le seul gain pour compenser cette désacralisation, c'est la flatterie de l'égo. Ce type de stratégie ne nourrit ni la fonction du politique, ni ne participe à la réconciliation des Français avec la politique.

 

 

 


RTBF - Interview radio sur le phénomène DONALD TRUMP

Interview donnée à RTBF le 01 mars 2016

16 février 2016

Donald Trump ou le SuperBowl permanent de la politique

INTERVIEW DONNE AU FIGARO LE 03.02.2016

LE FIGARO. - Lors du caucus de l'Iowa, le favori Donald Trump (24% des voix) a été battu par son concurrent Ted Cruz (28%). L'organisation a-t-elle battu l'émotion? 
 François BELLEY. - Trump est entré dans le deuxième temps de la bataille. Jusqu'à présent, il était dans le show. Bon client des médias, il a assuré le spectacle. Ses meetings étaient des matchs de Super Bowls avec musique, chapeaux, bière et pizzas. Maintenant est venu le temps de la confrontation politique. Le temps 1 a montré que Trump était une bête de communication, une bête médiatique. Le temps 2 nous permettra de voir s'il est une bête politique. Le New York Times a évoqué une «défaite humiliante», le Wall Street Journal une «défaite cinglante». L'enjeu est maintenant de savoir s'il saura rebondir, à l'américaine.

Le milliardaire vend du rêve à une Amérique qui aime les self made men ; la popularité de Trump est-elle, plus que les autres, davantage attachée à sa personne qu'à son programme?
Lors des élections présidentielles, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, on retrouve des constantes, telles que l'émergence du troisième homme. C'est celui qui assurera le spectacle. Il y a souvent une prime à la nouveauté. Mais gare aux «bulles spéculatives». On se souvient d'Howard Dean. En 2004, candidat aux primaires démocrates, jeune, bon tribun, il représentait le candidat du renouveau: il a perdu, et tout le monde l'a oublié. Trump incarne la nouveauté. Même s'il est vieux. Homme d'affaires, milliardaire, il n'est pas issu du milieu politique. Avec son franc-parler, il détonne, provoque, amuse ; en un mot, il ne laisse personne indifférent. On l'aime ou on le déteste. Il assure le spectacle, ce dont sont très friands les Américains. Leur rapport à la politique est lié au spectacle et au divertissement collectif. En définitive, Trump fait la promotion des primaires ; il rend passionnant ce qui, sans lui, aurait été bien plus terne.

Les journaux américains n'hésitent pas à afficher ouvertement leur soutien aux candidats en lice: le principal quotidien de l'Iowa, Des Moines Register avait favorisé Marco Rubio pour les républicains ou Hillary Clinton pour les démocrates. La victoire pourrait-elle échoir à un candidat anti-establishment?
Les médias contribuent à la construction des personnages politiques, mais ils peuvent aussi les détruire. L'électeur, surtout américain, aime voter pour un gagnant. Trump incarne ce gagnant, riche, puissant, qui paraît avoir tout réussi dans la vie. Même si Trump perd, il restera quelque chose du «trumpisme» - ce courant anti-élites et admiratif de la réussite sociale et économique.

Le Huffington Post avait décidé en juillet dernier de traiter la campagne de Donald Trump dans la rubrique divertissement, au motif qu'elle était «un vrai cirque». De nombreux autres journaux critiquent sa communication et ses propositions jugées outrancières. La défiance envers les élites pousse-t-elle à voter Trump?
Les médias pointent du doigt l'aspect divertissement de sa campagne, dénoncent cette politique-spectacle. Est-ce hypocrite puisqu'ils en vivent? Il me semble néanmoins que cette critique va dans le bon sens, dans la mesure où la politique des petites phrases et des tweets ne constitue pas un programme.
En France comme aux Etats-Unis se renforce une défiance à l'égard des hommes politiques et du système des partis. Incarner l'anti-système, notion certes marketing mais qui a encore du crédit aujourd'hui, c'est redonner le goût de la politique à des gens qui s'en étaient détournés. C'est ce qui a rendu la politique attractive aux yeux d'une certaine frange de l'électorat américain.

Maniant l'autodérision et promouvant un discours social, Bernie Sanders a été battu de justesse par une Hillary Clinton jugée plus conformiste, policée et candidate de l'establishment. Comment analysez-vous son positionnement?
Sur son marché, Trump n'a pas de concurrent. Hillary Clinton court après son destin. Cette élection représente sa dernière chance, après avoir été doublée par Obama, le candidat du renouveau, en 2007. Si elle devient la première femme présidente des Etats-Unis, il y aura une belle histoire à raconter en matière d'émotion et de storytelling. Mais elle a déjà exercé des responsabilités politiques nationales et participé à des primaires. En réalité, Hillary Clinton est un «vieux produit», à commencer par le nom de sa marque, «Clinton». Précisément, Bernie Sanders prend le contrepied de cette image de candidate du système en faisant primer la spontanéité et l'authenticité. Lui aussi, en dépit de son âge, représente une nouveauté «socialiste» parmi les candidats à la présidentielle. L'offre politique américaine est toujours renouvelée. La particularité américaine est que, quand on perd, on ne revient pas, contrairement à ce qui se passe chez nous. En France, on singe souvent les Américains, mais pas sur le plan du renouvellement politique.

20 janvier 2016

Manuel Valls, l'homme pour qui la politique est communication

INTERVIEW DONNE A ATLANTICO LE 18.01.2016

Présent sur le plateau d'On n'est pas couché samedi soir, Manuel Valls a confirmé une fois de plus son appétence et sa maîtrise de la communication politique. Homme politique ancré dans son temps, celui de l'immédiateté, du buzz et de la toute-puissance des médias, le Premier ministre ne cesse jamais de penser à son image de marque personnelle. Au risque de vider la parole politique de son sens.

1-D'une manière générale, comment pourrait-on qualifier la communication de Manuel Valls ?
Je dirais que la communication de Manuel Valls est avant tout cohérente. Elle était déjà cohérente lorsqu’il était au Ministère de l’Intérieur. Elle est aujourd’hui cohérente à Matignon. Quelles que soient ses responsabilités, Manuel Valls reste en effet raccord avec son positionnement de « Monsieur Sécurité » à la droite de la gauche avec ce sourire quasi inexistant, cette mâchoire serrée, ce sourcil froncé, ce poing serré et ce regard parfois noir. Cette posture propre à Manuel Valls doit pouvoir nourrir cette image qui le rend si singulier dans « les linéaires politiques ». Dans sa stratégie de présidentialisation, Manuel Valls cultive donc en permanence les 3 postures importantes d’un leader : celles de la gravité d’Etat, de la fermeté du Chef et de la détermination politique.
Manuel Valls est un vrai communicant. C’est ce qui le distingue des autres ministres. Il a l'expérience, celles notamment de directeur de la communication de Lionel Jospin et de directeur de la  campagne de François Hollande. Il connaît donc la force de l’image. Fait nouveau par rapport à la génération précédente, qui plus est à gauche, Manuel Valls assume complètement cette communication décomplexée, un peu comme Ségolène Royal dans sa version 2006/2007. Comme elle à l'époque, chez Manuel Valls, tout est politique, à commencer par sa communication. L'axe de la sécurité au sein du PS, le changement de nom du parti, c'est lui. A l’instar de Nicolas Sarkozy lors de son passage au Ministère de l’Intérieur, le Premier ministre sait  donc attirer l'attention et créer sur lui la visibilité nécessaire pour nourrir son statut de personnage présidentiable.
2- Pour Manuel Valls, la politique est communication et la manière de dire les choses importe autant que le discours lui-même. A quoi cela mène-t-il selon vous ? Y a-t-il un risque de voir l'action politique vidée de son sens ?
Manuel Valls a compris que nous vivions dans une société d’image où le signe l’emporte sur le sens. Et contrairement à Lionel Jospin dont il était le chargé de communication, Manuel Valls a bien intégré l’importance de cette image médiatique dans l’action politique. Chez Manuel Valls, la forme est donc tout aussi importante que le fond. Il a intégré la twitterisation de la vie politique où il faut exister en continu. Et vite. Alors, Manuel Valls occupe l'espace. Mais ce phénomène est visible partout ailleurs, surtout dans l’univers des marques commerciales. C’est le syndrôme des réseaux sociaux. Pour exister, il faut être vu.   
Selon moi, il y a urgence de réhabiliter l'homme politique. Pour cela, il faut de l’action, du courage, du terrain, de l’engagement. Au sein des états majors des partis politiques, on devrait pouvoir écrire partout sur les murs : « moins de parole. Plus d'actes ». Le risque, on le connait. On le vit aujourd’hui : désintérêt, discrédit, défiance, abstention…
3- Peut-on dire que la tendance de Manuel Valls à confondre politique et communication est représentative de l'époque que nous vivons ?
Manuel Valls est simplement dans son époque. L'époque est à l'immédiateté. Alors, il va vite. L’époque est à l'ultra communication. Alors, il communique. L’époque est au buzz. Alors, il multiplie les petites phrases et les mots choc (rappelons nous les
termes de « kyste », « mafia » ou encore « gangrène » qu’il avait utilisés, comme N. Sarkozy avec «  racaille » et « karcher » en son temps). L’époque est au Spectacle. Alors, il va chez Laurent Ruquier pour toucher le plus grand monde, parler à ceux qui ont décroché de la politique et enfin pour créer l’événement par un accrochage, une déclaration ou une image forte. A titre de comparaison, Lionel Jospin, lors de la campagne présidentielle de 2002, avait refusé d’aller chez Michel Drucker.  Contrairement à Lionel Jospin, Manuel Valls est un "bon client" pour les médias.
4 - Manuel Valls se réclame souvent de Georges Clémenceau. Qu'y a-t-il derrière cette comparaison ? Comment expliquer cette fascination ?
En politique, les références historiques ne manquent pas, de Jeanne d’Arc en passant par Jaurès, De Gaulle ou encore Mitterrand. Ces références sont forces d’évocations et d’images. Elles nourrissent le storytelling de l’homme politique mais également l’imaginaire de l’opinion. L’homme politique joue en permanence avec les symboles, surtout lorsqu'il est en campagne. Ainsi, l'homme politique aime faire référence à des hommes, des lieux, des discours également. George Clémenceau, c’est l’histoire de France, la République, surtout un destin hors norme. George Clémenceau, c’est le « tigre ». Et le tigre, c’est l’animal rapide et puissant que l’on dit aussi imprévisible. S’associer au « Tigre » n’est donc pas un hasard. « La politique c’est du sérieux » dit Manuel Valls. Et chez Manuel Valls, il ne faut pas l'oublier, tout est politique. 

11 avril 2015

«Le showbizz fait de la politique et le politique assure le spectacle»


François Hollande a invité les actrices Mélanie Laurent et Marion Cotillard en guest star dans sa campagne pour le climat à Manille. Le publicitaire François Belley y voit une dérive de la communication politique.

LE FIGARO: François Hollande a emmené Mélanie Laurent et Marion Cotillard en voyage aux Philippines pour parler du climat. Est-ce une nouvelle étape dans la «peopolisation» de la politique?
FRANCOIS BELLEY: Je ne suis plus étonné pas ce type de stratagème médiatique. Aujourd'hui, nous sommes dans une ère totalement assumée de politique spectacle - ou mieux de spectacularisation de la politique - où la forme doit l'emporter toujours sur le fond. C'est comme ça. Rien ne fait plus sens. Tout est signe partout et tout le temps! De fait, nous sommes en permanence dans un mélange des genres, entre le milieu du spectacle et celui de la politique. Actuellement, le showbizz fait de la politique. Et le politique assure le spectacle! A l'affiche, François Hollande et l'actrice Julie Gayet, Nicolas Sarkozy ou encore la chanteuse Carla Bruni, Cotillard et Laurent en voyage présidentiel: on est dans l'endogamie permanente.
A mon sens, c'est plus que jamais la défaite de l'imaginaire et de la parole politique, qui ont cédé le pas face à celui du spectacle médiatique. Un Lionel Jospin, marié à une philosophe, et ne maîtrisant pas la force de l'image, serait inconcevable aujourd'hui. On est passé du manque de fond à l'excès inverse. Le trop plein d'images! Alors quelle sera maintenant la prochaine étape? Un Georges Clooney à la française, téléguidé par des spin-doctors? Quel sera l'homme politique de demain? Un César du Cinéma? Ou plutôt un Oscar? Il est temps de redonner du sens à la politique et au politique. Plus que jamais, il faut un équilibre entre la forme et le fond du discours.
Y voyez-vous aussi une américanisation de la politique française?
En effet. On peut y lire une fois de plus la volonté de copier les méthodes de communication politique américaine. Aux Etats-Unis, le marketing politique est complètement assumé. On voit en effet un Barack Obama s'afficher sans complexe aux côtés d'un Sean Penn ou d'une Beyoncé. C'est devenu normal. En France, on essaie de faire comme les Américains, mais ça ne marche pas. Faute sans doute du sens inné et de la dimension «show off» du spectacle, on fait comme eux mais en moins bien. Ce co-branding (la marque Hollande en perte de vitesse associée à la marque Cotillard mondialement connue) manque cruellement de légitimité et de crédibilité. Les territoires des deux produits ne sont pas proches. On revient donc à la question de base. Si François Hollande avait eu l'autorité, le charisme attendu du Chef d'Etat, le leadership propre des hommes d'actions, aurait-t-il eu besoin de se «stariser» autant pour porter un message politique, fédérer autour de lui et gagner in fine l'adhésion. Je ne le pense pas.
N'est-ce pas un outil efficace pour intéresser les foules de plus en plus dégoutées de la politique traditionnelle?
Je ne le crois pas. Au contraire. Cette volonté d'être continuellement dans la course à l'image, où le signe l'emporte sur le sens est contre-productive, selon moi. C'est la mauvaise méthode, celle qu'il ne faut plus suivre. C'est devient de «la com'», et non plus de la communication. Car on ne retient que l'image -Marion Cotillard- et pas le fond-: à savoir, le problème sérieux du climat.
Dans le contexte d'un pays en pleine crise de défiance politique, il aurait été,selon moi, beaucoup plus intéressant et audacieux de voir le président de la République s'entourer de chefs d'entreprises, de leaders d'opinions, de membres du milieu associatif, voire même de l'opposition. Les Français attendent de la sobriété et du sérieux, de l'action et du courage. Compte tenu de cette crise, il y urgence à revenir à l'essence même du politique: les idées, le style et le projet d'abord, qui contrairement à la communication, relève de l'action, du panache et de la prise de risque. Sinon on reste comme aujourd'hui, bien trop souvent dans le gadget: la marinière de Montebourg, la tunique de Ségolène Royal, et aujourd'hui des actrices pour parler du climat. La communication devient le spectacle. Et devant ce mauvais spectacle, maintenant, la salle s'en va!